Rivemorte, Chap.4

Publié le par Blanche

- Sorcellerie!

Elland recule d'un bond, nerveux, et fixe intensément l'ombrelle, la mettant au défi de bouger à nouveau. Mais, sournoise, cette dernière feint l'immobilité. Il jure entre ses dents, pourtant persuadé qu'elle a bien bougé, et que ce n'est pas uniquement l'effet de son imagination. Prenant son courage à deux mains, il s'approche lentement de la chose, méfiant, et du bout du doigt, la pousse légèrement. Rien. En proie à une réflexion intense, il se passe une main nerveuse dans les cheveux, sans la quitter du regard.
Une solution. Il faut qu'il trouve une solution. Il grommelle entre ses dents, se maudissant d'avoir céder à un vil instinct, et d'avoir ramener cette diablerie dans son antre. Dans un sursaut d'orgueil, il se redresse et bombe le torse. Non mais ! Il ne va quand même pas se laisser intimider par un vulgaire bibelot pour femme, si ? Il est Elland, l'insaisissable voleur ! D'un geste ferme et assuré, il s'empare d'elle et la pose tout près de la porte, dans l'angle de la pièce. Et va s'installer à l'autre bout, sur son lit. Grignotant pensivement un morceau de pain, il cogite dur. Et sous ses yeux ébahis, il observe l'ombrelle glisser en direction de la porte, l'air de rien.


- Où crois-tu aller ?

Aussitôt, elle se fige et prend un air dégagé. Elland grogne avant de poursuivre :

- On ne me la fait pas à moi. Je t'ai vue. Ainsi donc, ce n'est pas ton propriétaire qui t'as mise au milieu de la porte. Tu y es allée toute seule, comme une grande. Un acte héroïque.

Cette fois-ci, il discerne très nettement sa fierté alors qu'elle se dresse bien droite. Il plisse les yeux, agacé.

- Stupide babiole ! T'as échoué. Et tu es entre mes mains désormais. Crois-tu réellement que je vais laisser ton geste impuni ? Tu vas souffrir. Longtemps. Très longtemps.

Enhardi par son propre discours, il se lève, bien déterminé à mettre ses menaces à exécution, et s'en approche sans trembler. Mais la garce lui plante son bout pointu dans le tibia, le faisant glapir de douleur. S'en suit une série de jurons qui feraient pâlir un charretier, alors qu'il se recule prudemment jusqu'au lit. Une fois à l'abri, il profère :

- Tu ne perds rien pour attendre. La vengeance est un plat qui se mange froid. Tu verras, à la nuit tombée.

Mais elle garde son air triomphant, visiblement insensible à la menace, le faisant rager de plus belle.

La longue attente commence alors. Ils se regardent en chien de faïence. Seul le brouhaha de la ville rompt parfois le silence de la chambre. Le ciel s'assombrit peu à peu, lentement, bien trop lentement. Elland n'en peut plus de cette attente insupportable, d'autant plus que cette maudite babiole le nargue en bougeant de droite et de gauche.
Il compte sur Echidna, bien sûr, pour qu'elle lui dise que faire, comment s'y prendre pour neutraliser cette menace. Elle connaîtra la solution, elle. Surtout qu'elle s'y connait en trucs qui sortent de l'ordinaire. Mais soudain, il lui semble entendre son rire guttural, nettement moqueur. Lui, avoir peur d'une ombrelle. Elle pourrait peut-être même le raconter aux autres gargouilles. La honte s'abattrait sur lui, et il serait marqué à jamais par le sceau de l'infâmie.

Alors, faisant mine d'étudier les poutres du plafond, il s'approche discrètement de l'ombrelle, comme si de rien n'était. Et lorsqu'il n'est plus qu'à quelques pas, il se jette sur elle, les pieds en avant. S'en suit une lutte effroyable, ponctuée de cris de douleur et de gémissements de tissu, dans un nuage de poussière.

Quand le calme revient dans la petite chambre, Elland est hirsute, un côté du visage en sang, et tient fermement, des deux mains, l'ombrelle d'apparence si inoffensive.

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La châtain 08/11/2010 19:45



C'est dommage, on ne sait toujours pas à quoi ressemble Elland. Un petit manque de description.