Rivemorte, Chap.56

Publié le par Blanche

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La taverne est déserte, en ce milieu d'après-midi. Les habitants de Rivemorte vaquent à leurs occupations et délaissent la salle à manger plongée dans une pénombre et une fraîcheur bienvenue. Les mines sont graves quand les quatre hommes s'installent autour de la table. Pèire, retrouvant le visage que tous lui connaissent, se charge de préparer les brocs de bière et quelques tranches de pain et de charcuterie, qu'il amène sur la table. Mais l'appétit ne vient pas, et s'ils se désaltèrent longuement, ils ne touchent pas à la nourriture. C'est Théoliste qui finit par rompre le silence devenu pesant, en déclarant :

- Bon, reprenons depuis le début. Pour quelles raisons voudrait-on enlever un gamin comme lui ?
- Pour s'en débarrasser, tente Elland.
- Sauf qu'il n'a rien vu ni rien volé d'important, d'après Osvan.
- Pour s'enrichir, renchérit Pèire.
- Sauf que les esclavagistes n'y sont pour rien, et que les bouges sont surveillés. S'il réapparait, on le saura aussitôt.

C'est Thémus, qui, implacable, réfute toutes leurs hypothèses. Et alors qu'un sentiment de défaitisme menace de tous les emporter, c'est à nouveau lui qui reprend la parole :

- Je pense que cette histoire est liée à cette Maelenn. Vous avez dû mettre le doigt sur quelque chose de très important pour qu'ils déploient de tels moyens. Je suis persuadé que l'attaque dont vous avez été victime avait pour unique but de vous faire cesser définitivement vos recherches.
- Et tu penses que la vieille est impliquée ?
- J'en suis convaincu. Elle vous a envoyé à Picsuif, sans doute dans le but de vous décourager, ou au mieux, de vous faire perdre votre temps.
- Elle semblait vraiment sincère quand elle nous a assuré qu'elle ignorait où était Maelenn.
- Quand les intérêts sont suffisamment importants, jouer parfaitement la comédie devient indispensable. Elle n'en est peut-être pas à son coup d'essai. A moins qu'elle soit une excellente comédienne.
- Mais elle a nous envoyé chez Tanorède Guevois.
- En effet. Sans doute espérait-elle que vous renonciez. Aller questionner un noble, ce n'est pas un culot que s'autorise n'importe qui.

Plongeant le nez dans son broc de bière, Elland rougit. Maintenant que Thémus en parle, il doit bien se l'avouer : c'était incroyablement audacieux de se présenter chez un riche bourgeois pour l'interroger. Et c'est d'autant plus surprenant que ledit bourgeois ait accepté de les recevoir et de les renseigner sans s'offusquer d'un tel geste. Mais s'il tient vraiment à épouser Maelenn, c'est plutôt normal, non, qu'il ne méprise pas les plus pauvres ? Pèire semble suivre le même raisonnement, puisqu'il conclut :

- Et elle se doutait que Guevois l’enverrait promener. C'est à ce moment là qu'elle a ordonné à ses hommes de main d'agir.
- Sauf que Guévois l'a accueillit et lui a parlé du mariage, contrecarre Théoliste.
- Justement, à ce sujet. Pourquoi a-t-il dit ça ? Est-ce que c'est la vérité ? Ou est-ce qu'il est complice ? Demande Elland.
- Et surtout, pourquoi ont-ils enlevé Ménandre ? Qu'est ce qui peut bien justifier un tel acte ? S'interroge Pèire
- Je ne suis pas persuadé que c'était prévu. Ils ont envoyé quatre hommes vous suivre. D'après ce que tu nous a dit, ils n'ont pas hésité à vous attaquer et à utiliser leurs armes : ils avaient pris toutes les précautions nécessaires. Mais ils n'avaient pas prévu que vous vous sépareriez. Les hommes se sont donc divisés pour vous attraper tous les deux, ce qui t'a permis de t'en sortir. Je suis certain que l'enlèvement n'était pas prémédité. Ils voulaient se débarrasser de vous.
- Et ils ont échoué. Sauf qu'ils ont Ménandre maintenant.
- En effet. Et ils ignorent sans doute ce qu'ils doivent en faire. J'espère simplement qu'ils n'auront pas assez d'intérêts en jeu pour l'abattre de sang-froid.

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