Une p'tite impro

Publié le par Blanche

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C'est dans le cadre d'un RP que m'a pris la folle idée de ce p'tit bout de texte. C'est un RP un peu particulier, puisqu'il se fait en direct. Disons que c'est comme un tchat, mais que ce ne sont pas les joueurs qui s'expriment, mais les personnages qui prennent vie en direct. Le conte a donc été créé en direct, et je l'ai laissé tel quel : avec ses maladresses, ses fautes et ses trucs tout moche.

Pour situer le contexte, les personnages sont en Bretagne, à Saint Pol de Léon, plus exactement, dans les années 1450. Les personnages sont sur la plage, autour d'un feu de joie, à la nuit tombée, et assistent, émerveillés, au spectacle offert par les troubadours. Mais je me tais, maintenant, car le conteur va prendre la parole.


Les temps dont je vais vous parler sont si anciens que seule une poignée d'hommes et femmes de par le monde s'en souvient encore. A dire vrai, mes braves gens, cette histoire est si ancienne qu'elle est devenue légende...

Elle était là, nichée entre les falaises, cette ville fortifiée dont les vagues venaient lécher les pieds des remparts. Un voile de brouillard ne la quittait jamais, la parant comme les femmes se parent de leurs plus beaux atours. Les habitants vivaient heureux de la pêche, des récoltes des champs avoisionnants. Il y avait toujours du passage, dans cette ville, car elle était réputée en Bretagne et même au delà. Les instruments jouaient nuit et jour pour faire danser les jeunes femmes et même les hommes. Cette ville, elle se situe juste à côté, entre Saint Pol et Triguier. Enfin... se situait.

Il y avait, dans cette ville, une vieille femme. La vie ne l'avait pas gâtée, loin de là : son mari était parti pêcher en mer, mais n'en était jamais revenu. Ses enfants, elle les avait tous enterré, du moins, pour ceux dont on retrouva les corps. Maladie, disparition en mer, chute mortelle. Rien ne lui avait été épargné. Et pourtant, elle était toujours disponible, prête à aider quiconque viendrait lui demander de l'aide. Car elle avait été bénie par les Dieux à sa naissance, et elle avait un don. En vérité, je vous le dis, brave gens, elle avait un don formidable ! Elle connaissait toutes les plantes, tous les onguents et tous les breuvages qui pouvaient guérir. Et il lui suffisait de poser les mains sur la poitrine d'un enfant souffrant pour qu'il soit rétabli. Il lui suffit de masser le ventre d'une femme pleine pour que l'accouchement soit sans douleur. Elle savait soulager les douleurs d'un murmure, et pansé les plaies de telle manière qu'en quelques jours, il n'en restait plus aucune trace. Oui, tout le monde aimait cette vieille femme et personne ne l'oubliait jamais quand il la disette faisait rage. Elle trouvait toujours, sur le pas de sa porte, un présent, modeste ou généreux en fonction des possibilités de chacun.

Et puis, un jour, ils sont arrivés.

Ils allaient dans les villages et hameaux, dans les villes et dans les ports, apporter la bonne nouvelle. Bonne nouvelle, qu'ils disaient. Funeste nouvelle, je vous le dis.

Oh, bien sûr, au début, ils faisaient profil bas. Vantaient les mérites de cette ville aux multiples facettes, envoûtante comme une tsigane en robe rouge qui danse autour du feu. Mais il fallait se méfier des apparences. Ils vinrent, et peu à peu, insinuèrent dans l'esprit des gens que les croyances des Bretons étaient hérésie. Que les Dieux qu'ils vénèraient n'étaient que chimères. Ils étaient fort habiles, je vous le jure ! Ils organisèrent d'immondes mises en scène, pour faire croire à tous aux miracles divins qu'ils prônaient. Ils flattaient les plus faibles, laissant les gens parler, douter, se convaincre les uns les autres. Ils proclamaient à qui voulait l'entendre, et à ceux qui ne le voulait pas aussi, d'ailleurs, qu'il n'existait qu'un seul Dieu. Un Dieu Unique, tout puissant.

Et la vieille femme, dotée par les Dieux de pouvoirs exceptionnels, s'éleva contre ces mensonges. Elle lutta, avec des mots, avec des dons, pour prouver aux autres que les Dieux existaient, qu'ils n'étaient que des charlatans, des imposteurs. C'était une lutte féroce qui s'était engagée. Une lutte sans merci.
Et toute la bonne foi de la vieille femme, tous ses talents furent bien faibles par rapport à la malice des étrangers. Et ceux qu'elle avait aidé, ces enfants qu'elle avait sauvé et ces vieux qu'elle avait soulagé de leurs douleurs se mirent à douter de sa parole. C'est pourquoi personne n'osa se révolter quand les étrangers décrétèrent qu'elle était hérétique, qu'elle affabulait et qu'elle était dangereuse. Et si certains protestèrent contre la décision, leurs murmures se perdirent dans les cris de la foule en colère.

Personne n'empêcha les étrangers de dresser un bûcher sur la place. Personne n'osa se manisfester quand ils la ligotèrent au pieu. Et personne ne pipa mot quand ils enflammèrent les fagots de bois.

Le visage de la vieille femme était serein, aussi surprenant que cela puisse paraître. Elle regardait les habitants se masser autour d'elle, ivres de colère, manipulés, et eu de la peine pour eux. Oui, elle avait de la peine pour ces êtres faibles pour qui les croyances se changent aussi facilement qu'une chemise. Elle avait de la peine pour ces esprits faibles qui ne se souvenaient que de ce qui les arrangeaient.
Et ses croyances à elle lui assuraient de retrouver son mari, ses enfants, et tous ceux qu'elle avait aimé. Alors ... partir de ce monde hypocrite ne lui semblait pas si terrible...

Mais la Déesse Airmed, fille du dieu-médecin Diancecht, qui avait pourvu la vieille femme de ses dons, s'indigna.
Elle s'indigna d'avoir donné la vie, la santé, et l'espoir à de si viles créatures. Elle trembla de colère en voyant ces imposteurs monter ainsi les gens les uns contre les autres.

De voile, le brouillard devint linceul. Puis il fut chassé par des pluies torrentielles, qui éteignirent le bûcher, ruisselèrent dans les ruelles en les transformant en rivières déchaînées. "Puis, un vent violent se leva. Si violent qu'il arracha les toits de chaume, les ardoises et les tuiles. Les vagues venaient s'écraser de plus en plus violemment contre les murs d'enceinte, projetant leurs embruns loin dans les terres.

Et la ville fut engloutie par la mer, avalée par le courroux divin, et disparut à tout jamais. Nul ne revit jamais les étrangers, ni aucun habitant. Il se murmure que, parfois, leurs âmes errantes s'attaquent aux navires égarés. Mais j'ignore si c'est la vérité.
Ce que je sais, par contre, avec certitude, c'est que cette histoire ne doit jamais être oubliée. Et qu'avant de renoncer à ce que vous croyez au plus profond de vous-même, réfléchissez et assurez-vous que personne ne cherche à vous manipuler.

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