Rivemorte, Chap.98

Publié le par Blanche

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Elland resserre sa prise autour du bras de l'inconnu, pique un peu plus sa dague dans ses reins. Il est tenté de lui demander plus d'informations sur ce qui les attend au prochain détour de couloir. Mais il se doute bien que l'homme a tout intérêt à leur mentir, désormais, et abandonne l'idée. Il peut sentir sous ses doigts les tremblements de l'homme, et s'en veut un peu. Jamais, en temps normal, il n'aurait eu l'idée d'en venir à une telle extrémité pour arriver à ses fins. Il n'a certes jamais été très honnête, mais pas à ce point. Sauf que la situation est différente. Et la fin, dans ce cas, justifie les moyens.

Thémus, d'un geste de la tête, leur indique qu'il est temps de partir. Avec précaution, il ouvre la porte, s'assure que le couloir est désert avant de s'y avancer. Elland le suit, puis c'est Pèire et Théoliste qui ferment la marche.

Le voleur a beau essayer de tendre ses sens vers d'éventuels ennemis, il ne peut qu'entendre le battement sourd de son cœur qui résonne dans ses oreilles. Il peine à croire ce qu'ils sont en train de faire. Qu'importe. Ils doivent retrouver le gamin, s'il n'est pas déjà trop tard. Ils grimpent encore un escalier, et l'homme leur indique dans un murmure le chemin à suivre dans le dédale de couloirs qui s'ouvre devant eux.

Ils ne perdent pas de temps à visiter les différentes pièces qui s'alignent le long du couloir et poursuivent leur avancée. A mesure que défilent les marches, Elland réalise que cette habitation est étrange. Il se souvient parfaitement des quelques détails qu'il a perçu lors de sa rapide visite chez Tanorède : la taille de la demeure, le nombre d'étage. Et depuis le temps qu'ils avancent dans ces fichus escaliers, ils en sont au grenier !

Et puis, soudain, l'otage ouvre lentement une porte. Et ce qu'ils découvrent …
Devant eux s'ouvre une large pièce, parsemée de longues tables en bois. Deux âtres répandent un peu de lumière malgré l'heure. Et des silhouettes s'affairent autour de la table. Des hommes, des femmes, des enfants même. Leurs murmures s'interrompent quand le groupe fait son apparition.

Leur guide involontaire les fait traverser la pièce, sans s'arrêter ni prononcer la moindre parole. S'ils sont observés avec curiosité, aucune des silhouettes ne tentent de les arrêter, ni même de leur parler. Puis c'est une nouvelle volée d'escalier qui s'ouvre devant eux, et qu'ils ont vite fait de franchir. Et l'homme, qui ne tremble désormais plus, les conduit dans le couloir jusqu'à une porte en bois. Tout semble un peu trop facile, au goût d'Elland. Non pas qu'il veuille des batailles et du sang, mais ils n'ont pas rencontré le moindre garde !

L'homme les fait pénétrer dans une pièce sans fenêtre, où brûle faiblement un brasero. Dans la pénombre, il s'immobilise. Aussitôt, encore plus vigilants qu'auparavant, ils scrutent les ténèbres à la recherche de leur ennemi. Une moue dégoûtée sur le visage, Elland imagine bien le bourgeois, tout de noir vêtu, trônant sur un fauteuil d'ossements, leur révéler enfin sa véritable nature démoniaque.

Mais la pièce est déserte. Déjà, la voix basse du cordonnier gronde :


- Où sommes-nous ? Si tu nous as trompés...

Les tremblements sous les doigts d'Elland ont repris. Mais l'homme ne manque pas de courage, et répond à la menace non déguisée d'une voix posée :

- Je ne peux pas vous conduire à mon Chef. Il n'y a pas vraiment de Chef ici. Mais il y a des hommes qui pourraient vous arrêter. Et ce n'est pas dans mon intérêt.
- Explique-toi !

Bien malgré lui, Elland se sent relâcher légèrement la pression sur la dague qui menace leur guide. Pèire et Théoliste s'agitent, visiblement mal-à-l'aise. Et Thémus, lui, lâche un nouveau grognement. Mais l'homme reste silencieux, comme s'il redoutait maintenant de parler. Elland, saisi d'une étrange intuition, lui murmure presque gentiment :

- Parle.
- Je m'appelle Saens. Je n'étais pas allé chercher du vin. Je repérais les lieux. Si votre but est d'attaquer mon ''Chef'', alors je veux en faire partie.

C'est un lourd silence qui accueille cette révélation. Sous ses doigts, le voleur sent son otage trembler à nouveau. Est-ce signe de sa sincérité ? Est-ce le signe qu'il risque gros, lui aussi, en proposant ce marché ? Ou est-ce le signe qu'il cherche à les entourlouper ? Elland n'a jamais été doué pour faire confiance aux gens. Et à vrai dire, il ne tient pas franchement à être responsable de leur décision s'il s'avère qu'ils se font rouler dans la farine.

- Notre but n'est pas d'attaquer ton chef, mais de le soutenir dans sa tâche.

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