Rivemorte, Chap.93

Publié le par Blanche

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Le soleil descend lentement vers l'horizon, laissant une ville brûlante. Les rues de la ville ont retrouvé leur animation habituelle mais le voleur n'y prête pas attention. Il n'a qu'une envie : retrouver ces hommes et leur faire passer l'envie de tabasser les gamins. Pèire est sans doute encore à la taverne, en compagnie de Jehanne. Thémus doit sûrement s'occuper de ses hommes, qui lui ont caché une information si importante. Et seul, il aura plus de chances de passer inaperçu. Surtout si les lieux sont gardés : la discrétion est la meilleure solution pour pénétrer dans l'enceinte du bâtiment. Et puis, si Ménandre vit un calvaire dans ces ateliers, il ne peut pas le laisser une seconde de plus là-bas.

Il hésite, pourtant, ayant l'étrange impression de trahir ses amis en continuant cette enquête seule, sans leur en parler. Alors pour se donner bonne conscience, il se promet qu'il ne fera qu'un petit tour de reconnaissance. Et s'il découvre quelque chose, il ira chercher des renforts. Oui, voilà. Parfait. C'est ce qu'il va faire.

Faisant brusquement demi-tour, il se dirige vers les ateliers d'un pas vif. Bien que natif de Rivemorte, et y ayant toujours vécu, il ne connaît pas bien cette partie de la ville. Trop de gardes, pas assez de bijoux. Alors il erre un moment dans les ruelles, ses pas rythmés par le lancinant vacarme des outils qui façonnent et modèlent d'innombrables objets. Personne ne le remarque : il se noie dans la foule d'ouvriers qui regagnent leurs logis après une dure journée de travail.

Finalement, il parvient jusqu'à ces fameux ateliers. Un bâtiment imposant, percé de maigres fenêtres qui ne doivent laisser passer que trop peu de lumière. Au dessus de la porte principale, une enseigne arbore fièrement, en lettres noires, un nom quelconque. Qu'il est parfaitement incapable de déchiffrer, puisqu'il ne sait pas lire. C'est son instinct qu'il lui fait dire qu'il est au bon endroit. Et les renseignements précieux recueillis auprès d'un garde qui patrouillait.

Il ne s'attarde pas devant la façade, poursuit sa route comme si de rien n'était. Lentement, il fait le tour des bâtiments, observant les allées et venues, remarquant chaque garde, chaque curieux qui pourrait contrecarrer ses plans. A l'arrière du bâtiment, un portail, large et haut, permet aux charrettes de faire entrer et sortir les marchandises. Le portail est ouvert, et laisse deviner une cour, juste assez grande pour que les attelages puissent tourner. Les lieux sont déserts. Après avoir jeté un coup d'œil sur la droite, puis sur la gauche, Elland s'avance dans la cour.

Une large porte s'ouvre à droite de la cour. Le martèlement régulier se fait plus fort et le voleur peut distinguer, à la lueur du crépuscule, les ouvriers qui s'affairent encore. Il esquisse un sourire, s'empare d'un ballot, abandonné au sol contre un mur, et s'avance dans l'atelier. Des femmes, assises devant d'immenses tas de laine, la filent avec application. Et elles bavardent, encore et encore, répandant un brouhaha ponctué de rires aigus. Un rapide regard sur la pièce lui permet de voir qu'il n'y a que des femmes. Pas d'hommes, pas d'enfants. Quelques têtes se tournent d'abord dans sa direction, puis elles le remarquent. Elles l'apostrophent, commentent, dissertent sur son visage ou l'arrondi de son postérieur. Les joues brûlantes, il hâte le pas et traverse cette salle des tentations.

Dans la salle suivante, aucun ouvrier ne lui accorde la moindre attention, occupés qu'ils sont à laver et à gratter de longues bandes de tissu. Il y a beaucoup d'hommes, quelques femmes mais aucun enfant. Tous travaillent dans un silence pesant. Elland poursuit sa route.

Enfin, il arrive dans une salle vierge de toute présence humaine. Des ballots semblables à celui qu'il porte remplissent la pièce jusqu'au plafond. A côté d'une porte, d'immenses bassines de laine patientent.

Une autre porte, ouverte, dévoile l'origine du martèlement : des hommes s'affairent autour de métiers à tisser, se lançant mutuellement des navettes qui heurtent le cadre en bois dans un bruit sourd. Mais Elland ne s'avance pas dans cette salle. C'est la porte fermée qui l'intrigue. Aussi se dirige-t-il vers elle, posant son ballot au milieu des autres.

La poignée tourne, mais la porte ne s'ouvre pas. Fermée à clef. Pourtant, derrière le battant en bois, il devine un bruissement régulier, un clapotis entêtant. Si Ménandre est dans cet atelier, il est derrière la porte. Alors Elland, s'assurant que personne ne traîne dans les parages, prend ses outils. Et en quelques secondes, la serrure émet un soupir cliquetant. Sans plus attendre, il tourne la poignée et fait pivoter la porte. Et il a tout juste le temps d'apercevoir le contenu de la pièce qu'une voix résonne à côté de lui :


- Qu'est ce que vous faites là ?

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