Rivemorte, Chap.92

Publié le par Blanche

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Le guérisseur, avisant l'air désespéré d'Elland, essaie tant bien que mal de le rassurer. Il lui explique que les hématomes au ventre sont plus inquiétants que ceux au torse, car les coups peuvent avoir endommagé des parties vitales de son organisme. Mais alors que l'inquiétude menace de submerger Elland, un murmure d'outre-tombe résonne faiblement dans la pièce. Osvan !

Ils se précipitent tous les trois vers le gamin alité. Sa peau est couleur cire et des cernes bleues soulignent son regard hébété. Mais sa respiration n'est plus sifflante, et il les dévisage avec un maigre sourire. Soulagé, Elland lui sourit à son tour avant de lui demander :

- Comment tu te sens bonhomme ?
- Mieux. Merci d'être venu.
- C'est normal. Tu aurais dû me faire prévenir immédiatement.

Le gamin esquisse un semblant de sourire, mais un éclair de douleur traverse son regard. Il ferme les yeux de longues secondes avant de relever les paupières et de braquer son regard sur le voleur :

- J'ai échoué.
- Comment ça ?
- Je voulais aller voir... pour Ménandre. Mais je n'ai pas réussi.
- Tu voulais aller voir où ?
- A l'atelier. Tisserand. Tanorède. Il paraît qu'il embauche... sans vraiment … mais des hommes m'ont attaqué.

La voix d'Osvan n'est plus qu'un murmure. Théoliste, autoritaire, leur annonce qu'il doit impérativement se reposer. Alors, après l'avoir remercié et avoir caressé ses cheveux, les trois hommes s'éloignent du lit et reprennent leur place autour de la table. Il n'aurait pas été raisonnable d'interroger plus longtemps le gamin. Mais les quelques informations qu'il a lâché n'aident pas franchement le voleur à savoir ce qu'il s'est passé. C'est Anthelme qui lui redonne espoir :

- La famille Guevois a fait fortune grâce à ses ateliers de tissage. Et il paraît qu'ils n'ont jamais été très regardants sur l'origine de leur main d’œuvre, tant qu'elle n'est pas trop chère.
- Ils pourraient embaucher des esclaves et des enfants enlevés ? Demande Théoliste.
- Ce n'est pas impossible. Certaines rumeurs disent que c'est ce qu'il se faisait, parfois.
- Mais on les laisse faire ?

La question d'Elland, si naïve, fait sourire les deux hommes. En quelques phrases, Théoliste lui explique ce que représente le fait d'être bourgeois dans l'application de la loi. Et en quelques secondes, Elland se sent parfaitement stupide. Anthelme, comme pour chasser le malaise du voleur, poursuit :

- Osvan a dû penser que Tanorède aurait pu ordonner que Ménandre travaille à l'atelier. Si, comme vous le pensez, l'enlèvement de Ménandre n'était pas prévu, il a dû réfléchir à un moyen de se débarrasser de ce témoin gênant tout en en tirant profit.
- Mais Ménandre n'aurait jamais accepté de travailler pour lui !
- D'après ce qu'il se raconte parmi les gamins des rues, il paraît qu'il y a une salle spéciale pour le foulage. Seuls certaines personnes seraient autorisées à y aller. Les autres employés n'ont pas accès à cette salle et ne posent pas de question. Et dans cette salle se trouveraient bon nombre de personnes forcées, par diverses odieuses manœuvres, à travailler sans répit, jour et nuit.
- Et ça serait la cachette idéale. Qui irait chercher le gamin dans les propres ateliers du coupable ?
- D'autant plus que les lieux étaient surveillés par des hommes capables de frapper un enfant jusqu'à le rendre inconscient.
- Où se trouve l'atelier ?
- Pas bien loin des entrepôts, le long des remparts. Avec leur nom de famille inscrit fièrement sur la façade.

Les phrases fusent, se mêlent jusqu'à laisser apercevoir un semblant de thèse plausible. Et les chuchotements deviennent fébriles à mesure qu'une ébauche d'explication se fait plus concrète. Incapable de rester plus longtemps en place, Elland se lève d'un geste brusque et leur annonce qu'il va se rendre sur place. Anthelme et Théoliste bataillent ferme, pendant de longues minutes, et parviennent finalement à refréner ses ardeurs. De guerre lasse, il accepte les conditions : il doit d'abord aller voir Thémus et Pèire avant d'agir.
Théoliste ne dit rien, mais il semble évident aux yeux du voleur qu'il ne souhaite qu'une seule chose : rester avec son amant pour la soirée, et veiller sur le gamin. Alors Elland n'insiste pas, et prend congé.

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