Rivemorte, Chap.85

Publié le par Blanche

Pleine lune sur Wyzima

 

L'aube n'est pas levée depuis bien longtemps, mais le soleil brûle déjà la ville, comme décidé à la rôtir avant la fin de la journée. Les habitants se pressent dans les rues, profitant de la chaleur encore supportable pour vaquer à leurs occupations. Dans quelques heures, lorsque le soleil s'acharnera sur la ville, ils se réfugieront tous à l'abri des toits d'ardoise. Thémus est déjà sur le pied de guerre quand ils entrent dans sa boutique. Mais point de rendez-vous secrets ou d'accords discrets. Assis sur un tabouret haut, il assène régulièrement de puissants coups de marteau sur une bande de cuir qui deviendra bientôt une ceinture. Il les salue d'un geste de la tête mais poursuit son ouvrage. Pèire et Elland, fascinés par ses gestes, patientent sans rechigner. Lorsque le dernier coup est porté, Thémus se redresse, et s'approche d'eux.

Il ne dit rien à Elland, bien que son regard soulagé prouve au voleur que son absence ne l'a pas laissé sans inquiétude. Puis, d'un geste large, il les invite à passer dans l'arrière-boutique. Il est encore trop tôt pour l'hydromel, aussi le colosse se contente-t-il de leur proposer du vin coupé à l'eau.

Elland lui résume rapidement la situation et ses conclusions. Comme il s'y attendait, la moustache du cordonnier frémit de rage. Et pourtant, Thémus ne dit rien, ne blasphème pas et ne promet pas une mort lente et douloureuse pour ses hommes si peu fiables. Peut-être comprend-il leurs motivations. Ou peut-être attend-il le départ des deux amis pour laisser libre cours à sa colère. Pèire lui explique également que Théoliste ne les rejoindra pas aujourd'hui, et résume en quelques phrases l'étrange énergumène qu'Elland a ramené à la taverne.

Thémus affiche un air poli, mais il semble évident qu'il n'a qu'une seule envie : aller trouver ces portes dérobées. Ils ne palabrent donc pas plus que nécessaire et se rendent rapidement au premier appartement. Après un passage rapide vers l'homme qui surveille les lieux et qui leur promet, sur tout ce qu'il a de plus cher, que personne n'est entré depuis la veille, ils pénètrent dans l'immeuble.

Effectivement, l'appartement est désert. Rien n'a bougé depuis la dernière fois qu'ils y sont rentrés. Mais ce n'est plus ce qui les intéresse. Ils examinent les lieux avec un nouvel œil, sans rien trouver d'intéressant. Elland se glisse à travers la fenêtre qui donne sur la cour intérieure et cherche longuement une seconde issue, en vain. Les murs hauts de la cour sont tous percés de fenêtres mais aucune porte. Et toutes les autres fenêtres du rez-de-chaussé sont sécurisées par d'épais barreaux. Personne ne peut passer par là. Quant aux fenêtres du premier étage, elles sont inaccessibles : Elland a beaucoup pratiqué l'escalade des façades quand il le pouvait encore, et celle-là est bien trop lisse pour permettre ce genre d'activité. La seule issue possible est le regard au milieu de la cour. Destiné à recueillir l'eau de pluie, ce trou dans le sol la mène directement dans les égoûts de la ville. Mais pour éviter que les détritus ne bouchent les canalisations, le regard est scellé par une petite grille fine. Et de toute façon, aucun homme ne pourrait s'y faufiler.

Dépité, Elland regagne l'appartement, passant à nouveau par la fenêtre. Thémus est monté dans les étages, pour s'assurer qu'aucun appartement ne communique avec un autre immeuble. Et redescendu, bredouille. Pèire, lui, avec une patience infinie, sonde les murs à la recherche d'une porte cachée. Et lorsqu'ils se retrouvent tous les trois dans l'appartement désert, ils sont bien obligés de s'avouer vaincus. Aucune trace d'une quelconque sortie discrète.

- Logiquement, s'ils veulent être discrets, la porte dérobée se trouve dans l'appartement, pas dans la cour ou dans un autre logement. Comme ça, personne ne peut surprendre leurs allées et venues.
- Mais il n'y a aucune porte cachée dans les murs.
- Et au sol ?

Aussitôt, avec frénésie, ils observent les lieux. Le tapis semble être trop évident pour dissimuler une trappe. Alors Thémus et Pèire unissent leurs forces pour pousser la lourde malle. Ils sont en sueur et à bout de souffle lorsque cette satanée malle est enfin déplacée. Mais il n'y a rien dessous. Un peu de poussière, peut-être, et un minuscule trou de souris. Mais rien qui permettrait à un homme d'entrer ou de sortir.
Alors Elland roule le tapis. Leur dernière chance. La bonne. Une trappe se dessine sur le plancher, et seul une petite ouverture permet d'y glisser un doigt. Ce qu'Elland fait, sans perdre une seconde.

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