Rivemorte, Chap.74

Publié le par Blanche

gargoyle

 

Il est blotti dans un cocon douillet et chaud. Recouvert d'un édredon à l'odeur de renfermé, il réalise rapidement qu'il peut bouger ses mains comme bon lui semble. Ses chevilles ne sont plus entravées, elles non plus. Et surtout, l'insoutenable douleur qui lui vrillait le haut du torse et la joue a disparue. Mais c'est une autre qui est apparue, au niveau de sa vessie. Elland se redresse un peu : il est dans un lit. Et la femme est debout, devant la table où sont étalés des dizaines et des dizaines de bocaux remplis de plantes. Elle marmonne :

- Trompée, oui, trompée de plante... Erreur d'étiquetage ? Peut-être, ou alors … peut-être, depuis le temps … Tout vérifier, oui, je dois tout vérifier... Mais ça fonctionne.... C'est fascinant, proprement fascinant...

Tout en parlant, elle prend de nombreux pots, qu'elle ouvre, observe, renifle. Elle s'immobilise devant l'un d'entre eux, rempli de feuilles d'un rouge vif, peu rassurantes. Et son regard dément se tourne vers le voleur. Il déglutit bruyamment, peu désireux d'être celui qui vérifiera les propriétés de ces feuilles. Mais elle repose le bocal et s'approche de lui.

Il doit s'enfuir de là. Qu'importe les moyens, il doit quitter cet endroit. Il répugne à utiliser la force contre une femme, et craint de la contrarier. Alors il décide de l'amadouer. Mais avant toute chose, il doit absolument soulager sa vessie. D'une voix presque mielleuse, il lui explique son problème.


- Oui... oui, bien sûr... c'est normal... C'est bon signe. Va là, juste là... derrière le rideau... Il faut vérifier...

Avant qu'elle ne décide de vérifier quoique ce soit sur lui, il se lève. Une corde est nouée autour de sa cheville gauche et au pied du lit. Il a un mètre de liberté. C'est juste assez. Derrière un rideau rongé par les mites se cache un coin de toilette. Il se dépêche de faire ce qu'il a à faire, de crainte qu'elle ne veuille vérifier quelque chose juste à ce moment là. Puis il prend le temps de s'observer dans le petit miroir accroché au dessus du bassin. Il s'attendait presque à voir des cicatrices boursouflées et répugnantes. En réalité, seules de fines lignes blanches marquent sa peau. Pendant son inconscience, elle a dû le manipuler encore, et lui appliquer un onguent mystérieux. Il frissonne en imaginant tout ce qu'elle a pu faire sans qu'il s'en aperçoive mais décrète que l'essentiel, c'est de ne plus souffrir. Et que pour l'heure, le plus important, c'est de s'en aller d'ici.

Lorsqu'il sort du coin toilette, la femme fait les cent pas autour de la table, passant une main fébrile dans ses cheveux à intervalle régulier. Hirsute, elle est réellement effrayante. Et toujours, elle marmonne :


- Savoir … oui, l'interroger... Je dois comprendre... savoir... demander... oui, il saura me répondre... et... héhé...

Elle se met soudain à ricaner, exactement comme les sorcières dans les contes. Elland jette un regard désespéré au nœud de la corde. Il semble relativement simple. Alors il retourne s'asseoir sur le lit et discrètement essaie de le défaire. Mais plus il s'acharne sur le nœud plus ce dernier semble se resserrer autour de sa cheville. La femme vrille soudain son regard sur lui et il écarte vivement ses mains de la corde. Mais elle ne semble pas préoccupée par ses vaines tentatives et lui demande :

- C'est toujours douloureux ?
- Non. Écoutez, je dois partir, vraiment. Je ne dirai rien, je le jure, mais je ne peux pas rester ici.

La femme lève un sourcil intrigué, comme si elle avait conscience que les mots employés sonnent faux. Puis elle secoue doucement la tête et murmure :

- Non. Non, pas encore... il reste tant de mystères... Non, je dois t'interroger.
- Un petit garçon a été enlevé. Il risque sa vie à tout moment. Je dois absolument le retrouver. Laissez-moi poursuivre mes recherches, je vous en prie.

S'il a prit un ton volontairement suppliant, et s'il essaie de faire appel à l'instinct maternel que toute femme normalement constituée devrait ressentir, il déteste pourtant parler ainsi. Il voudrait pouvoir lui ordonner de le libérer immédiatement, voire même se jeter sur elle pour éliminer cette menace. Mais c'est trop risqué, car elle le tient toujours en son pouvoir. Et c'est une femme. Une femme dérangée.

Ses propos semblent l'avoir touchée car elle recommence à faire les cent pas dans la petite pièce, comme si elle devait analyser ces nouvelles données. Lorsqu'elle a terminé de marmonner entre en ses dents, elle revient vers lui et lui déclare :


- Soit. Je comprends... Mais moi aussi, je dois poursuivre mes recherches... Quand tu auras répondu à toutes mes questions, nous aviserons.

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