Rivemorte, Chap.72

Publié le par Blanche

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Un long frisson lui parcourt l'échine à cette idée, le faisant trembler de tous ses membres. Il a beau fermer les yeux, dans une pitoyable tentative d'ignorer sa situation, il entend la femme faire racler la chaise contre le plancher. Puis c'est un bruit de pas, légers, qui s'approchent de plus en plus et qui font s'affoler son cœur. Elle ne semble pas dupe un seul instant car elle déclare :

- Je sais que tu ne dors pas, vil faquin. Cesse tes sournoiseries !

Les yeux obstinément fermés, Elland adresse, à qui veut l'entendre, des prières et des appels à l'aide. Mais comme de bien entendu, personne ne vient le secourir. Et c'est avec des petits coups de plumeau que la folle finit par lui faire ouvrir les yeux. Un sourire dément éclaire son visage mais sa voix est dure quand elle lui ordonne :

- Redresse-toi !
- Détachez-moi !
- Certainement pas ! Je connais les énergumènes dans ton genre. Céder à l'un de leurs caprices, c'est appeler la Grande Faucheuse !
- Écoutez, Madame, s'il vous plait. Je ne vous veux aucun mal. Je vais oublier votre existence, rentrer chez moi, et on ne se reverra plus jamais.
- Menteries ! Tu vas les prévenir et ils reviendront. Ils m'enfermeront encore.
- Non, non, je vous le promets !
- Il suffit ! Fais silence !

Elland se pince les lèvres pour ne pas répondre. Pour le moment, il vaut sans doute mieux ne pas la contrarier, au risque de la voir perdre complètement le contrôle. Voilà. Il va falloir rester docile jusqu'à la nuit. Pèire et les autres vont s'inquiéter de sa disparition, Echidna dira où il est au tavernier et ils viendront le chercher. Voilà. Être rendu totalement impuissant par une sorcière folle n'est pas franchement glorieux mais tant pis. Ils le sortiront de là. Enfin... Si Echidna veut bien communiquer à Pèire l'endroit où ils se trouvent. Car après la trahison de la nuit, il commence à en douter sérieusement.

- Cela ne se peut ! Nous pourrions essayer... Oui, exactement ! Essayons. Peut-être que … Oh oui ! Pourquoi pas ?

La sorcière monologue, perdue dans son délire. Elland, lui, tente discrètement de se déplacer un peu : avec un peu de chance, si elle ne le voit plus, elle l'oubliera. Mais elle s'approche de lui, un air déterminé sur le visage. Et ahanant, soufflant et geignant, elle tente de le redresser dos contre le mur. Il fait en sorte de peser de tout son poids, pour la faire renoncer. Mais la folie qui l'habite la rend têtue. Et après de longues minutes d'efforts, elle parvient à l'asseoir. Ses bras, lourdement appuyés contre le mur, le font souffrir. Puis, comme si le fait d'atteindre son but l'en avait détourné, elle s'éloigne de lui, toujours en marmonnant, et se met à fouiller la petite pièce.

Dans un rayon de soleil, qui perce à travers les vitres ouvertes, dansent des milliers de grains de poussière. Une odeur de renfermé imprègne les lieux et serait pénible s'il n'avait que ce sujet de préoccupation. Il a la bouche pâteuse et son estomac proteste. Rêveur, il songe à Théoliste et Pèire, qui sont sans doute en train de prendre leur déjeuner à la taverne. Un morceau de pain tout juste sorti du four, encore tiède, et du beurre à l'odeur enivrante qui fond lentement dessus. Mais la folle revient, interrompant ce doux rêve. Avec un morceau de tissu sale et une corde dans les mains, et une expression gravée sur le visage. Une expression qu'il connait parfaitement : celle du gamin qui est persuadé d'avoir eu une idée géniale. Toutefois, il ne se sent que moyennement rassuré par cette expression.

Il a beau se débattre comme un beau diable, jouer des jambes et du torse pour se rendre aussi insaisissable que possible, elle parvient à lui enfoncer le tissu dans la bouche et à le bloquer à l'aide de la corde qu'elle lui noue derrière la tête. Le voilà muet. Mais ça ne l'empêche pas de pousser des hurlements étouffés quand il la voit prendre un couteau et s'approcher de lui avec un sourire satisfait sur le visage.

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