Rivemorte, Chap.53

Publié le par Blanche

 

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Théoliste pousse la porte de la taverne alors que la Grand Tour Célestis annonce les dix heures. L'heure n'est plus à la gêne, et l'épisode de la nuit est quasiment oublié. Leur seul et unique but est de retrouver Ménandre. Quatre hommes de Thémus arrivent également, et Elland ne peut s'empêcher de frissonner. Ils sont massifs, à la mine peu engageante. Leurs bras semblent aussi épais que la cuisse d'Elland, et les longs fourreaux qui claquent contre leurs jambes n'incitent pas à la confiance aveugle. A vrai dire, il est plutôt rassuré de savoir que ces hommes sont de son côté et non des ennemis. Pèire lance le départ, après avoir rapidement expliqué la situation ainsi que leurs déductions. Et même s'ils espèrent tous retrouver le gamin là-bas, ils gardent l'espoir que le destin a lui a épargné ce sort funeste.

Sans plus discuter, ils traversent la ville jusqu'à la porte nord. Un mendiant, adossé contre un mur, leur adresse un signe discret : la surveillance ne s'est pas relâchée. Les gardes ne leur posent aucune question, malgré le groupe important qu'ils forment, l'absence de bagages, les mines patibulaires et les armes visibles. Soit Pèire a le bras vraiment très long, soit les gardes laissent à désirer. Mais le voleur ne va pas se plaindre et se garde bien de faire la moindre remarque.
Le long des murs d'enceinte se tiennent de nombreuses écuries, qui louent montures et chevaux de bât aux voyageurs. C'est Thémus qui se charge des négociations, et il ne leur faut que quelques minutes pour obtenir ce dont ils ont besoin : huit puissants chevaux, qui pourront les conduire rapidement jusqu'au Moulin.

Quelques prés encerclent la ville, savamment positionnés pour éviter toute attaque surprise, bien que la guerre ne se soit plus présentée aux portes de la ville depuis des dizaines d'années. Au delà, d'immenses étendues boisées s'étalent à perte de vue. Ils ont tôt fait de chevaucher sous le couvert des arbres, où les rayons du soleil estival percent difficilement, leur apportant un peu de fraîcheur. Théoliste et Pèire sont en tête et discutent à voix basse. Les quatre hommes de Thémus ferment la marche dans un silence menaçant. Elland, à côté du cordonnier, lui fait part de ses interrogations :


-J'ai bien réfléchit, cette nuit. Je me doute que tu dois avoir beaucoup d'ennemis...

Laissant sa phrase en suspens, Elland espère obtenir une réponse de Thémus. Mais le colosse se contente d'un grognement, peu enclin à s'aventurer sur le sujet de son véritable rôle dans la pègre de Rivemorte. Alors, haussant les épaules, Elland poursuit :

- Est-ce que l'un d'eux pourrait s'en prendre à Ménandre pour te faire chanter ?

Les moustaches de Thémus frémissent, et un grondement sourd se fait entendre. Puis, à mi-voix, il répond :

- Oui, j'y ai pensé. Ce n'est un secret pour personne que j'apprécie le gamin. Si mes ennemis voulaient m'atteindre, ils pourraient s'en prendre à lui. Comme ils pourraient s'en prendre à des dizaines de personnes. Mais ils savent également que ce genre de pratique ne fonctionne pas avec moi. Le dernier qui a tenté a assisté à la mort de ses complices, de ses amis et de sa famille avant d'être tué.

Le silence semble soudain s'abattre sur la forêt et un long frisson parcourt l'échine d'Elland. S'il avait encore quelques doutes quant à sa puissance, ces méthodes pour le moins radicales les balayent. Déglutissant bruyamment, Elland se contente d'un hochement de tête pour signifier qu'il a bien compris. Alors, dans un sourire proprement effrayant, Thémus reprend :

- Mais j'ai tout de même rendu visite à quelques personnes cette nuit. Aucun n'est lié à l'enlèvement de Ménandre, c'est une certitude. J'aurais préféré, pourtant.
- Oui... au moins, on aurait une idée de l'endroit où il se trouve, et on pourrait agir efficacement.
- Tu ne dois pas te sentir coupable, Elland. Tu t'en es bien sorti et tu as fait tout ce que tu as pu. On va le retrouver.

Le voleur hoche doucement la tête, soudain muet. Thémus a mis le doigt sur une idée fixe qui ne le quitte plus depuis l'attaque de la ruelle. Mais de telles paroles ne peuvent effacer ni les regrets ni les remords.

 

 

N.B. L'illustration est l'oeuvre de Damian Bajowski. Une galerie de ses oeuvres est présente ici  : link

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