Rivemorte, Chap.51

Publié le par Blanche

ruelle médiévale

- Pris sur le fait ! Lâche-le im...

Son cri du cœur meurt dans sa gorge. La stupéfaction le cloue sur place. Pèire, dans son élan, se cogne violemment dans son dos. Dans le petit salon chichement meublé, Théoliste se sépare d'un bond de la personne qu'il embrassait. De l'homme qui l'embrassait. Et si le second baisse la tête, rouge pivoine, et semble vouloir disparaître six pieds sous terre, le guérisseur, lui, tente des explications. Explications à peine compréhensibles, bafouillées et entrecoupées de justifications parfaitement incohérentes. Ce sont les pleurs d'un enfant qui ramènent les quatre hommes à la réalité. Pèire, d'un geste vif, ferme la porte derrière lui et pousse Elland jusqu'à la table. L'inconnu, lui, s'est précipité vers un berceau, d'où il soulève avec délicatesse un bébé. Et Théoliste marmonne sans discontinuer que sa vie est fichue, qu'il a tout perdu.

Elland peine à rassembler ses pensées pour les rendre cohérentes. Cet homme qu'il suspectait du pire quelques minutes plus tôt semble être coupable d'abus de discrétion pour rejoindre son amant. Il dévisage le guérisseur complètement paniqué, essayant de comprendre toutes les implications de cette découverte. Pèire semble être le plus à même de gérer la situation, car il déclare :

- Je suis désolé pour cette entrée fracassante. Nous sommes tous sur les nerfs, avec cette histoire, et nous avons imaginé le pire. Tu nous expliques autour d'un remontant, Théoliste ?

L'homme replet hoche vivement la tête et s'affaire soudain. Il dépose une bouteille d'eau de vie sur la table, ainsi que quatre petits verres qu'il remplit généreusement. Puis il fait signe à ses amis de s'asseoir autour de table. Son compagnon a calmé le nourrisson et s'assoit à son tour. Théoliste, penché vers son amant, lui murmure quelques explications. Anthelme hoche la tête régulièrement et l'inquiétude marque son visage. Comme le guérisseur, il doit avoir la quarantaine. Ses cheveux bouclés sont d'un brun intense. Mais ce sont ses yeux qui attirent l'attention : ils sont d'un vert saisissant et particulièrement expressifs. Lui aussi semble aimer la bonne chair, car tout comme son compagnon, il arbore de généreuses rondeurs. Les deux amants vident leurs verres avant de se resservir, puis Théoliste demande :

- Vous m'avez suivi, c'est ça ?
- Oui, nous t'avons repéré avec Echidna. Ton comportement était suspect. J'ai vraiment cru que tu étais mêlé à l'enlèvement de Ménandre.
- Non, bien sûr que non ! Je ne ferais jamais de mal au gamin ! Mais vous êtes doués, je n'avais rien remarqué.
- Tu as pris de sacrés risques, sachant que la ville serait passée au peigne fin cette nuit.
- Je l'avoue. Mais …. l'une de mes patiente est décédée hier après-midi et elle n'avait personne d'autre que cet enfant. Si je ne faisais rien, il allait mourir, ou finir à l'orphelinat. Anthelme et moi avons l'habitude de nous occuper d'enfants le temps de leur trouver un nouveau foyer.

L'intéressé hoche doucement la tête, gêné d'être ainsi mis en avant. Il jette un regard paniqué au guérisseur, avant de prendre une longue inspiration.Et c'est avec une voix douce qu'il explique :

- Je... je lui avais dit... de... de ne pas... prendre de risques … inutiles.... Sa... réputation est … tellement plus... importante.

D'un geste affectueux, Théoliste pose sa main sur celle de son amant, avant de la retirer vivement, comme s'il avait été brûlé. Jetant un regard en biais aux deux intrus, il murmure :

- Deux hommes ensemble, c'est... enfin, ce n'est pas très bien vu, vous comprenez. Si ça se sait, plus aucun homme ne voudra que je le soigne. C'est...

Les mots lui manquent pour exprimer ses craintes, alors c'est Anthelme qui, de sa voix douce, explique leur relation. La nécessité de se cacher, pour fuir les insultes, les moqueries, les actes de violence. Le besoin impératif de faire profil bas pour protéger l'homme public qu'est Théoliste. Avec beaucoup de pudeur, à demi-mot, il esquisse le portrait de leur amour caché, qui dure depuis dix ans maintenant. Et il ajoute, une fêlure dans la voix, qu'il espère que Pèire et Elland sauront se montrer discrets. Elland, le regard fixé sur le fond de son verre vide, réfléchit. Théoliste n'a jamais eu un regard ou un geste déplacé envers lui. Il lui a sauvé la vie, lorsqu'il l'a soigné après les geôles. Il a pansé ses plaies, sans poser de questions, après l'attaque de la ruelle. Mais il ne peut s'empêcher de grimacer en imaginant ces deux hommes former un couple. C'est... pas très normal, tout ça. Ils ne font rien de mal, il en est conscient, et ils semblent plutôt heureux. Alors il marmonne :

- Je suppose que c'est moins grave que ce que j'avais imaginé. Je veux dire, Théoliste n'a pas découpé Ménandre, n'est-ce pas ?

 

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