Rivemorte, Chap.43

Publié le par Blanche

018a831e.jpg

 

Le gamin titube sur ses jambes et son visage pâle a viré au verdâtre. Compatissant, Elland l'installe sur un banc et lui offre un peu d'eau de sa gourde. Tandis que Ménandre récupère, le voleur observe les environs. Echidna les a posé sur la place de l'église, encore déserte à cette heure matinale. Il n'y a que quelques boutiques ici, et tout laisse à supposer que le cœur de la cité se trouve plus loin, sûrement vers l'étendue d'eau. Cité qui, d'après ce qu'a pu en voir Elland, n'est pas si petite que le laissait supposer l'appellation « village » donnée par l'odieuse bonne femme.

Lorsqu'il se tourne vers Ménandre, il s'aperçoit que ce dernier s'est endormi, recroquevillé sur le banc. Il reste immobile un instant, attendri par la scène, avant de l'appeler doucement. Il sait que s'il s'approche, ses réflexes de gamin des rues prendront le dessus et qu'il se réveillera en sursaut. Ménandre, les yeux collés par le sommeil, le dévisage, visiblement perdu. Il se remet sur ses pieds mais vacille aussitôt, manquant de s'effondrer. Il leur suffit d'un regard pour qu'un accord tacite soit noué. Elland le prend dans ses bras, et le gamin noue ses bras et ses jambes autour de son dos. La joue contre l'épaule du voleur, il s'endort aussitôt.

Espérant avoir un sens de l'orientation aussi efficace que celui d'Echidna, Elland s'avance dans les ruelles. Son précieux fardeau ne pèse pas bien lourd et c'est assez rapidement qu'ils atteignent ce qui semble être le port. De nombreuses petites embarcations sont arrimées à d'étranges pieux en bois. Certains bateaux s'approchent du quai tandis que d'autres s'en éloignent. Et partout, sur la terre ferme, s'affairent hommes et femmes aux traits fatigués. Elland, fasciné par cette vie qu'il ne connaît pas, les observe avec curiosité. Des femmes tentent d'attirer les passants en vantant la fraîcheur de leurs poissons. Des hommes, visiblement fatigués, se dirigent vers les bâtiments donnant sur le port. Quelques enseignes se balancent doucement au gré de la brise, annonçant tavernes et auberges, dont l'activité bat déjà son plein. Elland n'hésite qu'un seul instant : lui aussi est fatigué, et il n'est sans doute pas correct de se présenter chez les gens à une heure aussi matinale. Alors il emboîte le pas aux pêcheurs, et pénètre dans l'auberge la plus proche.

Son entrée suscite quelques regards curieux, qui se détournent presque immédiatement. Les nombreuses tables sont presque toutes occupées, principalement par des hommes qui prennent un solide petit-déjeuner en racontant leurs exploits. Une odeur de poisson vient désagréablement chatouiller les narines du voleur : Rivemorte est trop éloignée de la mer pour avoir régulièrement ce type de mets, et seuls les plus fortunés peuvent se permettre d'en acheter. Ignorant l'odeur, il se dirige d'un pas décidé vers le comptoir où l'aubergiste s'affaire. Ce dernier termine une commande avant de demander aux voyageurs ce qu'ils désirent. Il lui reste bien quelques chambres, mais les prix sont exorbitants. Qu'importe, Elland n'est pas en position de faire la fine bouche. L'homme exige un paiement immédiat mais l'opération s'avère plus ardue que prévue : ses deux bras soutiennent le gamin endormi. S'il se sert du droit, le gauche risque de flancher et de faire tomber Ménandre. S'il se sert du gauche, il risque de lâcher sa bourse. C'est finalement le gamin qui le tire de ce mauvais pas. Sans bouger plus que nécessaire, il se sert dans l'escarcelle du voleur, le faisant râler par la même occasion, et pose les pièces réclamées sur le plateau de bois. L'aubergiste les empoche prestement avant de leur donner la clef de la chambre.


- Puisque tu es réveillé, tu vas peut-être pouvoir marcher, non ?

Un ronflement aussi factice qu'énergique se fait entendre. Comédien ! Mais Elland ne peut se résoudre à le poser à terre, et le porte finalement jusqu'à la petite chambre qui leur a été allouée. Deux paillasses sont posées sur des cadres en bois bancals et une odeur de poisson pourri les prend à la gorge. Mais ils ont déjà payé, et ils ne resteront que quelques heures alors …
Elland dépose doucement le gamin sur une paillasse, avant de le recouvrir d'une couverture rongée par les mites. Lorsqu'il se tourne vers sa propre couche, il découvre toute une vie grouillante sur le matelas. Dans un soupir, il s'allonge sur la couverture et s'enroule dans sa veste. Ce n'est que pour quelques heures.

L'après-midi est déjà là quand ils émergent enfin. Ils font une rapide toilette avant de quitter les lieux infestés de parasites, non sans en avoir touché un mot à l'aubergiste. À la suggestion de Ménandre de manger avant de partir, Elland répond par la négative. Si la nourriture est à la hauteur du gîte, ils doivent à tout prix éviter un tel désastre.

Ils déambulent un moment dans le marché qui s'est installé sur le port, et se rabattent sur un repas plus frugal mais moins risqué. Profitant de l'activité qui règne sur les lieux, ils interrogent les passants sur le travail ou le domicile d'une certaine Maelenn. Et presque tous répondent qu'ils ne connaissent personne répondant à ce prénom. Ils sont sur le point de se décourager lorsqu'enfin, une vieille femme, debout dans un étal de confiseries, hoche la tête. Charmée par la bouille innocente de Ménandre, elle leur indique une boulangerie. Mais loin de les laisser partir, elle interroge longuement Ménandre sur ses origines, ses goûts, ses amis. Sans cesser de lui poser des questions, elle lui ébouriffe les cheveux, lui pince les joues et tâte les muscles de ses bras. Et le gamin lui sourit de toutes ses dents, ravi d'une telle attention. C'est finalement Elland qui, las d'assister à ce spectacle, prend congé. Ils ne repartent cependant pas immédiatement : la vieille femme tient à donner une généreuse poignée de confiseries au gamin, ignorant totalement le voleur.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article