Rivemorte, Chap.103

Publié le par Blanche

Pleine lune sur Wyzima

 

 

Le silence perdure quelques minutes encore, avant que Thémus ne dise :

- Bien. Mais je veux la garantie que vous nous aiderez en retour à chercher et délivrer Ménandre, s'il est toujours en vie.
- Je vous en fais le serment !

Saens semble sérieux et parfaitement sincère. Muet, Roscelin hoche doucement la tête, témoin de cette promesse. Le cordonnier reprend :

- Quelles sont les issues de la tour ? Des portes ? Un accès sur le toit ?
- Aucune issue. Enfin, je n'en connais aucune. Pourtant, il y en a une. Forcément. Puisque les gardes vont et viennent. Et que vous êtes ici. Mais les fenêtres sont scellées, ou trop étroites. Et quand bien même, nous sommes trop haut pour sortir par ce chemin. Quant au toit... rien, rien du tout. J'ai déjà exploré chaque centimètre de la charpente.
- Alors on passera par les souterrains.

Elland se pince les lèvres pour ne pas ajouter un commentaire, espérant donc intérieurement qu'ils ne se perdront pas, cette fois. Et qu'ils ne tomberont pas sur les patrouilles des gardes. Ça serait bien leur veine, tiens, qu'ils sauvent les mages pour se jeter directement dans la gueule du loup !
Thémus fait les cent pas dans la petite cellule. Un pli soucieux barre son front et ses moustaches frémissent au rythme de ses pensées. Soudain, il déclare :


- Très bien. Voici ce que je propose : nous allons chercher les mages, en commençant par les étages les plus élevés. Le mieux serait que Saens y aille, pour ne pas éveiller les soupçons. Nous vous attendons ici. Nous marcherons tous les quatre devant, au cas où il y aurait des gardes pour s'interposer. Y a-t-il des personnes qui savent se battre, ici ?
- Non, aucune. C'est formellement interdit. Mais nous avons la magie.

Un même sourire illumine à la fois le visage de Saens et de Roscelin. Et soudain, les quatre compères comprennent qu'ils ont eu tort de les prendre pour des doux rêveurs un peu fous. Eux tous réunis, ils peuvent faire énormément de dégâts. Et vu ce qu'il s'était passé quand la magie vivait encore aux yeux de tous à Rivemorte, ce n'est peut-être pas une bonne idée de les libérer. Mais ils n'ont pas le temps de pousser plus loin la réflexion. La porte s'ouvre si soudainement qu'elle manque de jaillir hors de ses gonds. Deux gardes, épées sorties, rentrent vivement dans la pièce en hurlant à qui mieux-mieux. Ils paraissent sans doute autant paniqués que Saens et leurs sommations, répétés en deux exemplaires, se perdent dans la cacophonie qu'ils arrivent à faire. Puis, soudain, ils se figent. Immobiles, la bouche encore ouverte, un pied en l'air. Roscelin, étonnamment maître de lui, donne les ordres :


- Deux d'entre vous vont chercher les autres, aux étages supérieurs, avec Saens. Ils sont prévenus de votre présence, soyez prudents. Deux autres restent avec moi, nous allons nous occuper de cet étage et sécuriser les lieux. Allez.

Il faut quelques instants à Elland pour comprendre que c'est le pouvoir de Roscelin que de figer ainsi certaines personnes dans le temps et dans l'espace. Personne ne prend le temps de discuter ses ordres. C'est Thémus et Théoliste qui partent avec Saens, arme au poing, pour récupérer les autres mages des étages supérieurs. Pèire a sorti son arme et se rapproche de Roscelin, prêt à suivre ses ordres. Elland, lui, s'avance furtivement vers les gardes immobiles et, du bout de l'index, pousse doucement l'épaule de l'homme le plus proche. Aucune réaction, pas même un tressaillement. C'est génial, ce sort ! Et ce qui serait encore mieux, ça serait de pouvoir apprendre un tel tour. Le sourire aux lèvres, Elland s'imagine déjà pénétrant majestueusement dans le palais du Gouverneur, claquant des doigts pour que chaque personne qu'il croise se fige de la sorte. Alors, il s'avancerait sans hésitation vers les coffres. A lui, l'or ! A lui, les bijoux ! A lui, les …

- Elland ! Elland !

Le concerné sursaute et s'écarte vivement du garde. Le masque d'innocence qu'il était en train de se construire vole en éclats au moment où il croise le regard furieux de Pèire. Si Roscelin a remarqué l'échange muet, il n'en souffle pas un mot et ordonne :

- Assommez-les. On va les cacher ici le temps de sortir.

Et même s'ils ne le connaissent que depuis une poignée de minutes, même s'il n'a rien d'un meneur d'homme, Roscelin se fait obéir. Pèire et Elland assomment chacun l'un des gardes, avant de les ligoter avec leur propre ceinture et les draps du vieil homme. Puis, avec d'infinies précautions, Elland s'approche de la porte, la fait lentement pivoter, arme au poing, et s'avance dans le couloir.

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