Les marginaux

Publié le par Blanche

J'insiste sur le fait que ce texte est une fiction. Le personnage en vient à cette extrémité mais je ne prône nullement le suicide comme résolution des problèmes. Il y a tant de choses à vivre et à voir !

 

 

A quiconque lira cette lettre,

Me voici au crépuscule de ma vie, et c'est sans regrets ni remords que je regarde mon futur.
Je n'ai vécu que la vie que je voulais mener, méprisant la société et ses codes aberrants.

D'abord inconsciemment, je me suis tenue loin de l'agitation adolescente, des premiers émois et des grandes débauches. Sans en connaître la raison, j'ai fui les lieux d'amusement où je ne m'amusais jamais, j'ai soigneusement évité les discothèques et les festivals. A l'époque déjà, le sentiment de malaise me serrait le coeur à la nuit tombée.

Avec les années, j'ai pu mettre des mots sur mes maux. Le sentiment de ne pas être née à la bonne époque, de ne pas être faite du même moule que les autres, d'être incapable de me fondre dans la masse. Ce sentiment était profond et puissant, il m'était impossible de lutter contre.

Notre société actuelle prône la perfection physique, le constant dépassement de soi. Toujours à la recherche du profit, bafouant l'être humain et ses aspirations personnelles pour gonfler le compte en banque d'une poignée de puissants. La liberté n'existe plus, tout est constamment surveillé. Tout est éphémère désormais, de la paire de chaussure qu'il faut changer tous les ans à l'être humain qui pourrait partager notre vie mais qu'on considère comme un produit de consommation. On prend, on utilise et on jette. La Nature est bafouée par des Hommes devenus arrogants et méprisants, certains de leur toute-puissance.

La gentillesse, la naïveté, la générosité, l'altruisme, autant de traits de caractères devenus faiblesse méprisable. Je ne peux pas me changer, et seule, je ne peux modifier la société. Refusant de m'étioler comme une plante verte oubliée dans un bureau désert, consciente de mon incompatibilité d'humeur avec la société, je m'en suis peu à peu détachée.

Je ne regrette rien. Ni les regards hautains, ni les paroles mesquines n'auraient pu ébranler ma décision. Je ne pouvais m'épanouir que de cette manière.

Je ne regrette rien. Mes actes n'étaient guidés que par mes envies, faisant fi des conventions sociales et des bien-pensants qui voulaient me dicter ma conduite.

Non, je ne regrette rien, pas même la solitude dans laquelle je m'étais plongée comme unique refuge. Et si elle me dévore aujourd'hui, broyant ma poitrine pour en tirer les derniers sanglots, j'estime qu'elle est la conséquence logique d'une vie vaine. La vie n'a pas de but si elle se subit en solitaire.

En réalité, cette lettre est le constat de mon échec. J'ai cru pouvoir vivre sans la société mais c'est impossible. Je suis viscéralement incapable de me plier à ses dictats, et elle ne m'acceptera pas parmi ses moutons, je suis trop différente. Ma vie est une immense erreur, et seule la mort pourra la réparer.

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Nathaniel 04/11/2010 02:41



Je pourrais m'inspirer de cette lettre, quand j'écrirai la mienne ?


 


Bon texte, assez atypique, je t'en parlerai peut-être de vive voix (ou de vive écriture) ;)