La nuit (encore)

Publié le par Blanche

Parce que les thèmes des duels ne sont pas forcément négociables, et parce que c'est aussi un joli défi que d'écrire encore sur ce thème...

Pour les restrictions :

- Il devrait y avoir une créature fantastique dans le récit,
- La neige sera également présente,
- Et on devra inclure trois mots commençant par "K"

 

 


Lotor s'avançait dans les rues obscures de la ville, tous les sens aux aguets. Diantre ! Cette fichue neige qui ne voulait pas fondre le glaçait jusqu'aux os, malgré toute sa fourrure. Mais il avait faim, et il lui fallait trouver de la nourriture s'il voulait voir le jour suivant. Le jour suivant... Lotor eut un reniflement méprisant. Cette notion même du jour n'avait plus lieu d'être. Depuis le moment fatidique où un violent tremblement, suivi d'une intense explosion, avait secoué la terre. Personne ne savait ce qu'il s'était passé, mais les faits étaient là : le soleil n'était jamais revenu. Lui qui avant aimait tant la nuit, il la trouvait désormais oppressante. Anormale. La nuit n'avait de raison d'être que si elle mourrait à chaque lever de soleil. Tout comme la vie n'avait de sens que parce qu'elle prenait fin avec la mort... La nuit était devenue une ennemie. La végétation se mourrait, privée de sa force. Les humains se débattaient dans la noirceur, comme pris dans des sables mouvants, luttant pour leur survie, s'affaiblissant à mesure que le temps passait. Les animaux, eux aussi, avaient souffert, bien que certains soient plus habitués à la nuit. Toutes les créatures subsistaient, survivaient, en attendant... Et si le soleil ne revenait jamais ?

Les rues étaient désertes. Tout avait été abandonné sur place, au moment de l'explosion. Ne restaient que les poubelles en décomposition que plus personne ne viendrait relever, tout comme les cadavres. La ville était endormie, ou morte. Mais Lotor se méfiait, plus que jamais, car ceux qu'il risquait de croiser seraient les plus forts, ceux qui auraient survécu jusque là.

Dans l'obscurité, à demi-caché sous la neige, un sac semblait l'attendre sous un porche. Son odorat lui appris qu'il s'agissait d'un tas d'immondices. Qu'importe, il n'avait plus les moyens d'être exigeant. Il déchira rapidement le film plastique, projetant les cristaux blancs contre la porte close. Le froissement d'un papier kraft déchira soudain le silence. Lotor bondit, regarda autour de lui, pétrifié par l'angoisse. Rien ne bougeait... pas encore. Il poussa plus loin son exploration jusqu'à trouver un trognon de pomme, à peine consommable. Il devait partir, vite. Il entendait déjà des pas crisser dans la neige. Et l'odeur qui émanait de l'intrus n'augurait rien de bon. C'était un homme, ou presque. Vivant... ou presque. Un de ces êtres qui se repaissent des fluides vitaux des humains pour vivre. Un danger bien trop grand pour lui.

Sans demander son reste, Lotor se réfugia derrière un kiosque à journaux. Il prenait garde à marcher dans des traces pré-existantes : inutile d'indiquer le chemin à suivre au poursuivant. L'humain... enfin, la chose approchait à une vitesse anormale. Elle fondit soudain sur le sac poubelle où Lotor se trouvait quelques instants auparavant. Un long frémissement parcouru l'échine de ce dernier. Malgré l'obscurité, qu'il avait appris à apprivoiser pour voir l'essentiel, il ne manquait aucun détail. Cette créature ressemblait à sy' méprendre à un homme ordinaire. A part peut-être le sang qui maculait son long par-dessus. Non, ce qui glaçait le plus, c'était son regard, vide d'humanité. Lotor se faisait le plus petit possible, retenait sa respiration pour ne pas indiquer sa localisation au prédateur. Après des minutes qui lui semblèrent être une éternité, son poursuivant grimpa contre les murs, et sauta sur le toit sans efforts apparents. Lotor dévora le trognon de pomme, et s'éloigna. Il remonta les traces de la créature, mu par son instinct.

Une carcasse de chat gisait non loin, victime de la créature. Lotor la contourna, méfiant, mais la vie avait bel et bien quitté cet animal. Alors il s'approcha, et se résolu à faire ce qu'il ne faisait jamais habituellement. Il planta ses dents dans la chair encore tiède, et se nourrit, faisant enfin taire le douloureux grondement de son estomac. Enfin repu, il observa autour de lui. Tout était calme. La nuit et la neige se mêlaient comme deux amants qui se retrouvent après une trop longue séparation. Il grimaça et retira les poils de chat qui s'étaient glissés entre ses dents. Fichtre. Il détestait ça.

Un bruissement, tout proche, le fit sursauter. La créature ! Elle était de retour ! Lotor s'éloigna sans hésiter, et détala dans les allées désertes. Il ne se retournait pas, ne voulant donner aucune chance à son prédateur de le rattraper. Il se glissa sous des bosquets, sauta par dessus des murets, failli être enterré vivant en passant trop près d'une branche qui déversa toute la neige accumulée sur lui. Sans répit, il s'engagea dans des immeubles et franchit plusieurs ponts. Après une course qui lui sembla durer des kilomètres, il fini par se cacher au fond d'une cave laissée entrouverte. Scrutant le silence, il reprit son souffle. Son poursuivant était loin. Alors, l'estomac plein, lové dans une couverture miteuse, Lotor le raton-laveur s'endormit, heureux d'avoir survécu une nuit de plus.

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Nathaniel 31/10/2010 01:34



Très bon texte ! L'angoisse y est vraiment bien implantée, et on est bien dans la peau (la fourrure ?) du personnage !


Les descriptions du monde environnant sont sombres comme il faut, le rythme est parfait, bref une lecture très agréable !


Quelques petites remarques sur des détails, sans grande importance, mais qui m'ont fait quand même réagir : j'ai trouvé la description de la catastrophe un peu brève, on a aucune idée du lieu de
l'explosion (même si on peut se douter qu'il vient de l'espace), sur ce qui était visible à ce moment là (peut-être un flash de lumière puis plus rien, je ne sais pas trop), et très peu
d'information sur les réactions des habitants de la Terre, ce qui m'emmène au deuxième point : "Tout avait été abandonné sur place" ; abandonné ? mais pour aller où ? des gens, des animaux sont
restés ? plus personne ne vit dans les maisons ? On peut supposer que le personnage ne le sait pas, mais je trouve que ça fait un peu vide dans l'histoire.


Bravo pour l'identité du personnage :) ayant d'abord pensé à un loup comme créature, ça m'a étonné qu'un reste de chat et un trognon lui suffisent à le nourrir, mais la surprise était bien là à
la fin du texte ! Et bravo pour la panique provoquée par la créature, très bien ressentie !


Merci pour ce texte ;)


 


Nathaniel