La compagnie des menteurs, Karen Maitland

Publié le par Blanche

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Résumé :

 

1348.
La peste s'abat sur l'Angleterre. Rites païens, sacrifices rituels et religieux : tous les moyens sont bons pour tenter de conjurer le sort. Dans le pays en proie à la panique et à l'anarchie, un petit groupe de neuf personnes réunies par le plus grand des hasards essaie de gagner le nord, afin d'échapper à la contagion. Bientôt, l'un d'eux est retrouvé pendu... Alors que la mort rôde, les survivants vont devoir résoudre l'énigme de ce décès avant qu'il ne soit trop tard...

 

Coup de coeur

 

Mon avis :

 

J'ai beau retourner le problème de tous les côtés, je ne vois pas comment j'aurais pu ne pas céder à un résumé comme celui-ci. Un roman qui se déroule au Moyen-Age, des meurtres mystérieux, non, vraiment, je n'aurais pas pu ne pas prendre ce livre.

Donc encore moins de raisons de regretter.

 

Parce qu'il faut reconnaître que l'ambiance dans ce roman est tout simplement hallucinante. Dès les premières lignes, on est plongé dans l'univers sombre et difficile de cette époque. La Peste, déjà, qui atteint les premiers ports anglais au début du récit. Une Peste qui, comme on le sait aujourd'hui (du moins, avec autant de précision que possible), aurait décimé entre 30 à 50% de la population européenne sur une période de 5 ans. Et puis, la pluie. « Les récits de témoins affirment que 1348 a été une année particulièrement mauvaise, puisqu'il a plu chaque jour depuis la Saint-Jean jusqu'à Noël ». La Saint-Jean ayant lieu le 24 juin, on imagine aisément les dégâts que peut causer une telle abondance d'eau. Les récoltes pourrissent sur pied, le bois ne sèche pas.

 

Nous voilà donc plongés dans un univers dur, extrêmement dur. Les personnages apprennent, par les rumeurs, par ce qu'ils constatent de visu, l'avancée de la maladie, créant une atmosphère oppressante à souhait.

Il est d'ailleurs très intéressant de voir comment la population réagit. Pour certains, ce sont les étrangers qui ont amené la Peste en Angleterre. De ce fait, notre joyeuse compagnie est confrontée à l'animosité des villages qu'elle traverse. Il y a ceux qui accusent les Juifs, l'Eglise en première, et qui a recourt à certains procédés pour le moins douteux afin de les faire avouer leur faute. Les personnages voient les maisons condamnées, marquées pour signaler la présence de la maladie dans le foyer. Ils voient aussi, parfois, sur certaines portes, les traces visibles d'une personne enfermée à l'intérieur, condamnée à mourir avec le reste de sa famille, qui a tenté de s'échapper, sans doute épargnée par l'épidémie. Mais qui n'aura pas été épargnée par la faim.

 

Les personnages, donc, qui ont chacun leur part d'ombre. Ils fuient, tous, un événement qu'ils taisent. Et s'ils se serrent les coudes pour suivre à cette période de leur vie, ils ne laissent pas pour autant échapper le moindre indice quant aux raisons qui les poussent à regagner le nord. Pour beaucoup, l'épidémie est un bon prétexte pour s'éloigner.

Le narrateur, un camelot qui vend des reliques « authentiques », a l’œil pourtant bien affuté et c'est avec lui qu'on découvre, peu à peu, les divers secrets de chacun. Mais... mais les morts commencent à s'accumuler autour d'eux. Il y a ce loup qui les poursuit, qui hurle la nuit sans se laisser voir. Il y a Zophiel, cet homme parfaitement antipathique, qui exhibe une sirène pour gagner sa vie. Il y a Jofre, qui boit, qui parie, qui attire invariablement des soucis à la compagnie. Il y a Cygnus, le conteur, mi-homme mi-cygne. Il y a Adela, jeune femme sur le point d'accoucher. Et il y a Narigorm, cette gamine proprement effrayante. Et les morts s'accumulent autour d'eux...

 

Jusqu'aux dernières pages, le récit réserve des surprises. Si le début est un peu lent, s'il y a certains passages qui semblent inutile, plus on avance, plus la tension monte, jusqu'au dénouement final.

C'est un roman sombre et oppressant, qui se dévore jusqu'aux dernières pages. Une vraie découverte, un grand moment de lecture.

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