La chantilly

Publié le par Blanche

Parti d'un délire avec un ami, ce thème a été comme une évidence. Il fallait utiliser les mots suivants : torse, crime et café.

 

 

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Je m'avance dans un couloir aux couleurs ocres et aux douces lumières tamisées. Sur la gauche, une porte est ouverte, et je rentre dans la pièce, comme mûe par une force invisible. La salle est plongée dans l'obscurité, et un unique spot de lumière met en valeur une table tournante au centre. Je m'approche. Une gaufre que je devine croustillante, nappée de chocolat, couverte d'un nuage de chantilly, semble n'attendre que moi. Quelques pas supplémentaires. Alors que je ne suis plus qu'à une longueur de bras de l'objet de mes désirs, il disparaît...

Je suis dans un magasin aux rayonnages boisés, absolument tous remplis de bombes de chantilly. Sous mes yeux ravis se dévoilent toutes les variétés possibles et imaginables : chantilly vanillée, chocolatée, aux cookies, à la nougatine, à la pistache, aux zestes d'orange. Un vendeur à l'uniforme impeccable s'approche de moi, portant un large plateau garni de petites coupelles. Après les salutations d'usages, il me propose une dégustation. J'accepte avec empressement, salivant d'avance, lorsque tout disparaît...

Une galerie d'art. Je suis dans une galerie d'art mangeable : les tableaux, les sculptures, tout doit disparaître. Dans cette atmosphère fraiche pour préserver les oeuvres, des femmes raffinées et des hommes endimanchés dégustent délicatement les diverses chantilly qui composent les créations. Une femme s'approche et me tend une cuillère dorée. La représentation d'un château sur une plage, baignée par un couché de soleil, m'attire et c'est avec une délectable envie que je fonds sur ma victime. Qui disparaît..

La neige a étendu son blanc manteau sur le paysage familier, et je peine à me frayer un chemin pour rentrer. Un obstacle sournois, dissimulé sous la couverture immaculée, me fait chuter soudainement. Le visage dans la neige, je me relève en ronchonnant, et passe la langue sur mes lèvres. Je fronce les sourcils... je ne peux pas me tromper... c'est... non, c'est impossible, mais... il n'y a pas d'erreur possible... la neige est de la chantilly ! Alors que je m'apprête à m'empiffrer sans retenue, loin du regard désapprobateur de la bienséance, la chantilly disparaît...

Je me retrouve au milieu d'une intense agitation. Les véhicules de secours aux sirènes hurlantes bloquent la scène du crime. Les badauds se sont massés autour. Je me fraye un chemin entre les femmes sanglotantes et les hommes aux visages blêmes. Un corps est étendu sur l'asphalte et l'extrême violence du meurtre, visible au terrible masque d'horreur visible sur son visage, me bouleverse. A côté de lui, l'arme du crime : une bombe de chantilly. Et tout disparaît...

Je suis dans une bibliothèque faiblement éclairée par quelques chandelles. Un homme et une femme se font face, habillés de vêtements médiévaux. Leurs plumes d'oie courent sur des parchemins, et parfois, ils s'interrompent pour se regarder, les yeux perdus dans le vague. L'homme lâche soudain sa plume, se lève, et revient quelques instants plus tard, porteur de trois cookies généreusement recouverts de chantilly. Il en tend un à la femme, et en pose un sur le rebord de la table, tout près de moi. Je les observe les savourer alors que le dernier ne semble attendre que moi. Je tends la main pour m'en saisir, lorsqu'il disparaît...

Autre lieu, autre temps. Dans des salles immenses, de magnifiques éphèbes sont négligeamment allongés sur des lits à baldaquin. Des femmes sont présentes dans certains lits, et recouvrent les torses des hommes avec de la chantilly. Il me faut impérativement trouver les réserves, l'abondance de cette crème si savoureuse doit avoir des airs de paradis. Guidée par un instinct primal, je me dirige vers les stocks. Je pousse la porte et je m'empare d'une bombe de chantilly. Elle me nargue depuis trop longtemps, c'en est assez ! D'un geste vigoureux, je la secoue, et renverse la tête en arrière. La bouche grande ouverte, je devine la divine mousse se précipiter sur moi, et, enfin... enfin, elle rentre en contact avec ma langue. Dans un grognement de satisfaction, je savoure le ...

Je me réveille en sursaut : la cruelle sonnerie ne se soucie pas de me laisser finir ma bouchée. Les dernières brumes du rêve s'estompent bien vite alors que je m'affaire : ce matin, je prépare une surprise pour l'homme de ma vie. Je me lève, me rends dans la cuisine. Alors que le café coule, je prépare deux plateaux de petit-déjeuner. Le premier pour celui qui fait battre mon coeur : je ne lésine pas sur le pain grillé, le beurre, la confiture, le miel, et la pâte à tartiner. Pour l'autre plateau, une biscotte suffira pour accompagner le café.
Porteuse de son plateau, je retourne dans la chambre. Il dort encore, magnifique dans son sommeil. Un sourire tendre se dessine sur mon visage. Dieu que je l'aime ! Il mérite bien tous les régimes du monde. D'une voix douce, je l'interpelle.

- Mon ange ?

Grognement bestial.

- Mon coeur ? J'ai une surprise pour toi.
- Qu'est-ce que tu veux la grosse ?
- Nous prendrons notre petit-déjeuner au lit, mon amour, tout est prêt.
- Moi oui. Toi, tu as assez de gras en réserve pour ne pas le prendre.


Il observe le plateau que je dépose devant lui, et grogne à nouveau.

- Il manque la chantilly.

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